Changement climatique

Rien n’est plus beau que ces corps féminins en pleine action commune. Elles brillent au soleil, de toute leur chaude couleur noire, qui fait paraître leur force plus attrayante et plus lumineuse.

Elles arrivent ensemble dans la savane boisée très tôt les matins et se rassemblent dans une clairière à proximité de leurs maisons. Tenaces et vaillantes, ces femmes de la localité de Badou, dans la région des plateaux au Togo se mettent chaque jour à couper des bois pour la cuisine, à fouiller les champs d’arachide.

Du matin au soir, les femmes paysannes de la localité de Tchaoudjo piochent, recherchant de quoi subvenir aux besoins de leurs enfants. La principale activité génératrice de revenu est la production du charbon de bois. En ligne : des groupes de femmes d’un côté, et certaines de l’autre et aussi unies que les doigts courbés. Elles sautent en reculant, donnent le coup de pioche à la branche et luisantes de sueur. Hardie, toute la réalité de la déforestation est là.

Alors chose peut-être étrange pour ces femmes du Togo qui ne sont pas associées aux activités, ni aux formations et processus de décision liés à la lutte contre la déforestation et le changement climatique.

Selon la banque mondiale, le Togo enregistre des progrès encourageants en matière de réduction des émissions liées à la déforestation et à la dégradation des forêts. Mais les femmes ne sont pas ralliées aux processus de décision liées à la lutte contre la déforestation et le changement climatique.

Avec WhatsApp comme moyen technologique d’information et de communication, un consortium fédère désormais les membres de plusieurs associations féminines togolaises engagées dans la gestion des ressources forestières.

L’initiative vient de Brigitte Acakpo-Addra la Directrice Exécutive WEP-TOGO qui a découvert rapidement une certaine lésion de l’équité genre dans cette perpétuelle lutte contre la dégradation des forêts.

Travaillant depuis plusieurs années dans la protection de l’environnement au Togo, elle a accompli des progrès encourageants sur le plan de la réduction des émissions liées à la déforestation et à la dégradation des forêts « REDD+ » dans la lutte contre le changement climatique.

«  Les femmes n’ont pas été suffisamment associées aux activités menées dans ce domaine ni aux processus de décision. Dérèglements du climat, régimes fonciers, effets néfastes de la déforestation : on ne leur a pas donné les moyens de mieux maîtriser et gérer ces enjeux. » Scande-t-elle.

Avant de poursuivre « parce que les Togolaises jouent un rôle considérable dans l’exploitation des forêts et qu’elles y puisent des ressources essentielles à leurs moyens de subsistance. (nourriture, combustibles, plantes médicinales, etc.) »

Convaincue qu’il faut faire bouger les choses, Brigitte Acakpo-Addra crée en 2016 le Consortium Femmes REDD+ Togo (CF-REDD+), une plateforme de coordination nationale qui rassemble les membres des organisations féminines engagées dans la gestion des ressources forestières. Le consortium compte 62 membres, âgées de 30 à 60 ans et originaires des cinq (5) régions administratives du pays.

Très vite, cependant, la jeune femme comprend qu’il sera difficile de réunir régulièrement les membres du groupe en raison de leur éparpillement géographique et c’est là que la brillante idée de passer par WhatsApp lui vient.

Des résultats satisfaisants

Le CF-REDD+ va utiliser l’application mobile pour organiser des réunions hebdomadaires d’information et de formation sur la préservation des forêts au Togo. La participation est au rendez-vous : aujourd’hui, 64 % en moyenne des membres du consortium prennent part à ces réunions à distance, pilotées par Brigitte Acakpo-Addra ou ses collaboratrices via la messagerie WhatsApp.
Madame Essé de Eligbé kélé dans la localité de Badou très enthousiaste affirme que c’est depuis 2016, qu’elle bénéficie des formations et atouts de la plateforme des membres du CFREDD+.

« Ils ont renforcé nos capacités sur le changement climatique surtout notre rôle entant que  femme dans ce domaine. Il nous a été également appris comment réduire l’usage du charbon de bois afin d’atténuer un tant soit peu l’émission du gaz à effet de serre. » Confie-t-elle.

Et de poursuivre « Ils nous ont également appuyés dans la bonne utilisation des foyers améliorés, ceci a énormément réduit nos économies surtout en matière d’usage du charbon de bois. Nos capacités ont été aussi renforcées dans notre activité de carbonisation à travers l’usage des meules casamançaises. La sensibilisation continue et se fait par nous à l’endroit de nos sœurs sur l’usage des séchoirs solaires pour préparer. »

De fait, grâce à ces rencontres virtuelles, les participantes ont pu élargir leurs connaissances sur le changement climatique et la réduction des émissions dues à la déforestation dans leur pays. Un travail de communication qui a pour effet d’accroître la participation des femmes en leur permettant d’intégrer des activités axées sur la préservation des forêts dans leurs associations respectives.

« En participant au groupe WhatsApp, je comprends mieux le changement climatique et la pertinence du processus REDD+ au Togo. Et je peux partager mes connaissances dans le cadre d’autres rencontres et au sein de mon association », témoigne Kokoe Mawulolo Logosu-Teko.

Les réunions virtuelles ont également permis de coordonner les initiatives du consortium. Au mois de mai dernier, une « tournée de sensibilisation nationale » dans 60 localités a assuré la promotion de pratiques respectueuses des forêts auprès de quelque 7 000 femmes et 300 hommes. Cette campagne avait notamment pour objectif de promouvoir l’utilisation de foyers améliorés afin de réduire celle de charbon de bois.

« Ces initiatives montrent aux femmes qu’elles peuvent être des actrices du changement et qu’elles ont la capacité de contribuer à la réduction des émissions de gaz à effet de serre et d’accroître la représentation féminine dans les activités du processus REDD+ », explique Brigitte Acakpo-Addra.


La Banque mondiale approuve l’idée


Selon nos investigations, la banque mondiale estime que l’action menée par le CF-REDD+ pour lutter contre la déforestation au Togo et valoriser le rôle socioéconomique des femmes mérite d’être saluée.

À en croire les responsables de la haute institution financière c’est aussi un exemple dont pourraient s’inspirer d’autres pays soucieux d’associer davantage les femmes à la préservation des forêts.

En ce qui concerne la Banque mondiale, le Fonds de partenariat pour la réduction des émissions dues à la déforestation continue d’aligner ses activités sur la stratégie institutionnelle en matière de genre et d’égalité des sexes.

Concrètement, il s’agit de veiller à ce que les femmes soient traitées en partenaires et pleinement associées à la conception et à la mise en œuvre des projets de préservation des forêts. En s’appuyant sur cette stratégie et sur le plan d’action qui l’accompagne, le FCPF collabore avec les pays pour identifier les nouvelles initiatives qui pourront servir d’amorce à l’intégration systématique de la question des femmes dans les programmes de réduction des émissions dues à la déforestation.

À cet égard, l’exemple du Togo s’avérera particulièrement utile. Il s’agit d’une illustration concrète de ce que représente le processus REDD+ : à savoir non seulement un engagement à réduire l’empreint carbone lié à la déforestation, mais aussi un vecteur pour ancrer l’inclusion sociale et l’égalité des sexes dans le développement durable.

Hector Nammangue depuis Lomé (TOGO)

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